Pour en finir avec la ‘startup attitude’

Pour en finir avec la ‘startup attitude’

Le must aujourd’hui, c’est de créer une startup. De préférence une qui marche, mais comme ce n’est pas si fréquent, une startup, c’est déjà bien. Chômeurs, étudiants, travailleurs, on pourrait presque dire que si à X ans (ici, ajoutez votre âge + 2) vous n’avez pas monté une startup, vous avez raté votre vie. A tel point que je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de clubs de bébés startupers, à l’instar des bébés nageurs (mmmm. Il y a peut-être quelque chose à creuser, là, ça peut marcher).

La startup, cette nouvelle Rolex

La création d’une startup se pare d’un ensemble d’attributs. Tendance lourde du fixie et de la barbe de hipster, des citations de Jobs et des posters « Keep calm and… (n’importe quoi, pourvu que ce soit en anglais) », des grands mugs de café et du travail acharné. J’assume : moi aussi j’ai des Lego et des trucs rigolos partout, et j’ai été workaholic (mais je me soigne et je n’ai pas lancé de startup).

C’est sur cette question du travail ininterrompu que revient Javier Megias dans un récent billet de blog : ce qui fait marcher la startup, ce n’est pas de prendre des poses avantageuses de startuper, mais de travailler intelligemment, en focalisant son attention sur ce qui compte vraiment. Il sait un peu de quoi il parle: il est CEO et cofondateur de Startupxplore, la plus grande communauté espagnole de startup et d’investisseurs, et a été consultant auprès de dizaines d’entreprises et d’institutions. Javier Megias m’a gentiment permis de publier ici son texte traduit en français.

Moins de startup attitude et plus… de repos?

par Javier Megias

Oui, plus de repos. Pas plus de lean startup, pas plus d’heures de travail, pas plus d’effort ni de nouveaux outils. Tu ne travailles pas sur une chaîne de montage ni à vendre du pain dans une boulangerie. Tes principaux outils de travail sont ta créativité et ta capacité à chercher de nouvelles solutions… et tu crois qu’être fatigué t’aide à quelque chose ?

Nous les entrepreneurs, on ne nous « paye » pas (nous ne nous payons pas) pour avoir beaucoup travaillé. Ce n’est pas comme à l’école, où on te récompensait parce que tu faisais beaucoup d’efforts même si tu n’avais pas de résultats. L’effort est sans aucun doute une partie du chemin, mais notre travail est de lutter dans un environnement adverse d’absolue incertitude en créant un produit ou un service qui résolve un problème réel… et gagner de l’argent dans l’affaire, si possible en quantités indécentes.

Oui, bien sûr que cela requiert un niveau d’effort constant et très élevé, bien plus que ce que la majorité des gens tolèrent ou acceptent… mais intelligemment. Il est important de comprendre le contexte émotionnel sur ce que monter une startup implique. Tu sais bien…

« Créer une startup n’est pas un sprint, mais une course de fond. Un marathon qui durera entre 8 et 10 ans… si tu as de la chance. »

Et si tu comprends ceci, tu comprendras que si tu te consacres à sprinter sur les dix premiers kilomètres, tu finiras très probablement non seulement défoncé mais aussi démotivé, et tu auras laissé en route ta santé, de même que d’autres choses importantes et des pistes pour ta startup, pistes que tu n’as pas pu voir parce que « tu avais beaucoup de travail ».

postureo-fracaso

(A vendre matériel de bureau pour cause d’échec de startup: table de ping-pong, babyfoot, poufs (plusieurs coloris), poster de motivation, mini-frigo, ukulélé)

Et au cas où ça ne suffirait pas, dans ce que nous appelons l’écosystème entrepreneurial s’est instauré une certaine tendance à prendre des poses (que nos amis de Postureo Emprendedor soulignent avec grande justesse et acidité…) où l’important n’est pas de travailler mais qu’on voie que tu travailles. Où la clé est de « montrer » combien nous les fondateurs nous travaillons dur, avec des tweets du style

« Il n’y a rien de tel qu’un café à 8h du matin et de travailler pendant que vous êtes tous à la plage »… et autres bêtises du même acabit.

C’est clairement un symptôme du fait que nous sommes en train de mal faire, soit parce que nous montrons que nous travaillons quand ce n’est pas le cas, soit, pire encore, parce que nous ne nous reposons pas même un instant… et tu sais bien le prix à payer :

1. moindre clarté mentale
2. démotivation
3. incapacité à se concentrer
4. manque de créativité
5. pessimisme

Le travail d’un fondateur est d’obtenir des résultats, pas de faire « plein de choses » et d’être partout. Et par définition, c’est la grande plaie dans n’importe quelle startup : il y a toujours beaucoup plus de choses à faire que de temps disponible pour les faire… et ça ne s’arrange du tout avec le temps, au contraire.

Tu pourrais passer deux ans à travailler 24 heures par jour sans dormir que tu ne viendrais pas à bout de la pile de tâches en souffrance… et qui ne cesse, jour après jour, de grandir. C’est pour cela que je répète jusqu’à l’écœurement que la meilleure compétence d’un entrepreneur est son aptitude à se focaliser.

Tu n’as pas à tout faire: l’important n’est pas à combien de choses tu dis oui… mais à combien tu dis NON. Sur quoi tu concentres tes énergies et ton effort.

Moins de fiestas, moins de conférences, moins de Twitter et mettre le focus sur l’important. Simplifie et garde ce qui est réellement clé dans ton affaire… et même si c’est très bon pour ton ego et que ça te fait te sentir bien, vraiment, prendre des poses ne mène à rien.

Moins de symboles, moins de ukulélés, moins de citations de Steve Jobs… et plus de boulot sur les choses importantes.

Et, comme si ça ne suffisait pas, nous les entrepreneurs devons batailler avec (en plus de la fatigue) un sentiment que peu reconnaissent mais dont beaucoup souffrent : la culpabilité. Culpabilité de se reposer alors qu’il reste tant de tâches à accomplir, culpabilité de faire une pause sur le chemin et de prendre quelques jours de vacances quand le reste de l’équipe travaille dur. Et par-dessus le marché, l’autre type de culpabilité : ne pas passer assez de temps avec notre famille, ne pas profiter de moments de qualité avec nos amis… Culpabilité puissance 2.

Et sais-tu comment cela se soigne ? Eh bien en comprenant qu’il est réellement plus important de prendre ces jours de vacances plutôt que de continuer à travailler comme un décérébré, de façon de plus en plus mécanique et de moins en moins productive. Que, de la même façon que dans un programme d’entraînement les jours de repos sont aussi importants que ceux d’entraînement, ton outil de travail est ton cerveau et ton cœur, et tous les deux doivent périodiquement se reposer pour avoir un meilleur rendement.

Et ce repos, en plus de te donner du temps pour toi et ce que tu aimes et pour retrouver ta motivation à entreprendre, est parfait pour te reconnecter avec les gens importants et qui se préoccupent vraiment de toi, avec ces personnes qui sont toujours présentes et qui sont notre filet de sécurité émotionnelle. Donc le meilleur conseil que je peux te donner n’est pas de mieux mesurer ton tunnel de conversion, ou de remettre en question ton business model, ou de changer ton approche du marché.

Pars en vacances deux semaines. Ou une. Mais pars. MAINTENANT.

 

Photo: Ville Miettinen, Flikr, by-NC 2.0



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