Philippe Bloch aux dix ans de Courants Porteurs

Philippe Bloch aux dix ans de Courants Porteurs

J’ai eu vendredi le plaisir d’assister à la soirée que le réseau d’entrepreneurs de l’ouest Courants Porteurs organisait pour fêter ses dix ans d’existence. Au programme: rétrospective de la vie et de la croissance du réseau, remise de Trophées sur le thème de l’audace, et (avant le buffet et la partie festive) une conférence de Philippe Bloch.

Conférence, c’est sur le papier, car la prestation de Philippe Bloch tient davantage du one man show. Il nous a livré une sorte de condensé de ses ouvrages (et pour avoir lu depuis Ne me dites plus jamais bon courage, je trouve que la version spectacle l’emporte). On rit beaucoup à l’énoncé de nos petit et grands travers, dont on prend parfois conscience à cette occasion. On ne peut que tomber d’accord avec certaines questions – pas forcément avec l’idéologie qui sous-tend les réponses, mais enfin, la réflexion est stimulante et l’ambiance bon enfant. Philippe Bloch n’hésite d’ailleurs pas à sortir des cadres – ces « structures rigides qui entourent du vide », définition qu’il nous rappelle avec gourmandise – en ponctuant son discours de gros mots qui, pour être fréquemment employés dans un environnement familier, jurent avec le costume-cravate réglementaire du conférencier.

Lego vs PenseurOutre les douze « expressions insupportables » qui font l’objet de son ouvrage de 2013, Philippe Bloch nous a régalés de ses réflexions, issues de son parcours de coopérant aux Etats-Unis, de sa vie sur place, du lancement de son entreprise Columbus Café et de son débarquement par les actionnaires, de ses pérégrinations depuis lors. Le consultant était là pour parler à des entrepreneurs – en soulignant dans un intéressant second degré que le consultant est celui qui conseille aux entrepreneurs ce qu’il ne sait pas faire lui-même. Pour autant, ses remarques donnent matière à réfléchir.

Je vous cite pêle-mêle quelques points qui ont retenu mon attention (et qui sont peut-être tirés de l’opus Objectif Boomerang: 360 idées pour faire revenir vos clients à l’heure d’internet; je n’en suis qu’à l’idée n°3).

Nous vivons dans un contexte de morosité qui a induit une économie de la peur. Or le client qui a peur diffère son achat. Dans ce type d’économie, nous dit Philippe Bloch, les entreprises qui gagnent sont celles qui rassurent plus et mieux que les autres. D’autre part, le Français est parmi les personnes les plus méfiantes au monde: 8 de nos interlocuteurs se diraient que nous allons les escroquer. Une particularité à prendre en compte dans notre discours commercial!

Face à la crise, nombre d’entreprises réagissent en baissant leurs prix. Cependant, à ce « petit » jeu (encore une expression consacrée qui inclut l’adjectif « petit », lequel fait hurler le cofondateur des Columbus Cafés), ne gagneront que les entreprises très riches et celles qui sont structurées pour produire à bas coût. Il faut donc déplacer le terrain de la guerre économique et mener le combat de la différentiation. « On ne gagne jamais sur le terrain de l’autre », insiste Philippe Bloch, illustrant son propos avec un exemple à base d’ours et de crocodile.

Chaque entreprise doit donc trouver ce qui fait son « aspérité », sa spécificité. Une opération souvent complexe – « si vous interrogez les salariés, il est rare qu’il y ait une seule réponse » – mais indispensable aujourd’hui. Et une fois cette spécificité identifiée, « il faut l’incarner ». Et Bloch de citer une entreprise de tirage de photographie qui illustrait parfaitement, par un gant blanc, le soin apporté aux clichés des clients.

Une bonne nouvelle dans une situation qui angoisse nombre d’entrepreneurs: « la relation personnelle est en train de réémerger. » Le client est sensible au geste, à la « petite attention » dont il fera l’objet. Ainsi, un client qui retourne toujours dans le même hôtel dont le gérant a pris le soin de lui trouver le quotidien de sa région. De la même façon, la reconnaissance apportée aux personnes reste un facteur fondamental. On s’en doutait déjà mais l’évangélisation dans ce domaine fait plaisir à entendre!

Trois convictions livrées par Philippe Bloch pour finir:

– tout ne passe que par la valeur de l’exemple donné par les supérieurs: « l’escalier se balaye toujours en commençant pas le haut »;
– il faut embaucher des gens « plus grands que soi », c’est-à-dire plus compétents, plus brillants… et non des collaborateurs choisis « parce qu’ils ne feront d’ombre à personne »;
– il faut « donner du pouvoir aux équipes » et non les enfermer dans « des process à la con » [sic].

Ce ne sont là que quelques éléments des nombreuses et riches réflexions de Philippe Bloch lors de la soirée; mais si vous en avez l’opportunité, allez donc l’écouter, vous vous amuserez nettement plus qu’en le lisant et vous n’en ferez pas moins votre miel de ses provocations vivifiantes.



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